En bref : depuis le 11 août 2026, un professionnel ne peut plus démarcher un consommateur par téléphone sans avoir obtenu son consentement au préalable. Pour un agent immobilier, appeler à froid le propriétaire d'une annonce de particulier à particulier devient donc risqué, et c'est à l'agent de prouver qu'il avait le droit d'appeler. Il reste des canaux qui ne reposent pas sur l'appel à froid : la recommandation, les prescripteurs (notaires, conseillers en gestion de patrimoine, courtiers), le contenu local, l'estimation en ligne avec case à cocher, et LinkedIn pour les professionnels.
Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un juriste. Les textes évoluent, et votre situation (mandataire, franchise, réseau) peut changer la réponse.
Qu'est-ce qui a changé le 11 août 2026 ?
Le démarchage téléphonique est passé de l'opposition au consentement. Jusqu'au 10 août, un consommateur qui ne voulait pas être appelé devait s'inscrire sur Bloctel. Depuis le 11 août, c'est l'inverse : tout appel de prospection est interdit tant que la personne n'a pas dit oui.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) résume ainsi la règle sur sa fiche destinée aux entreprises : il est « interdit de démarcher par téléphone un consommateur sans avoir au préalable recueilli son consentement », et la nouvelle réglementation met fin à Bloctel (DGCCRF, « Les règles du démarchage téléphonique s'imposant aux entreprises », écrit le 27 juillet 2026, consulté le 5 octobre 2026). Les textes cités par la fiche sont la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 et le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 sur le recueil, la conservation et le retrait du consentement.
Deux exceptions seulement figurent sur la fiche : un appel lié à l'exécution d'un contrat en cours, et la prospection pour des journaux et magazines. Aucune ne couvre la recherche d'un mandat.
Quelles règles précises s'appliquent à un appel de prospection ?
La fiche de la DGCCRF fixe plusieurs obligations concrètes. Voici celles qui touchent directement un agent :
| Point | Ce que dit la fiche DGCCRF |
|---|---|
| Consentement | Libre, spécifique, éclairé, univoque, révocable, donné par un acte positif clair |
| Durée de validité | Un an au maximum, retrait possible à tout moment, y compris oralement |
| Preuve | À conserver au moins 3 ans : date, heure, informations transmises |
| Jours et horaires | Du lundi au vendredi hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h |
| Fréquence | Pas plus de 4 appels sur 30 jours auprès d'un même consommateur |
| Numéros | Numéro masqué interdit |
| Sanctions | Jusqu'à 75 000 € d'amende par appel pour une personne physique, 375 000 € pour une personne morale |
Le consentement peut avoir été recueilli, précise la fiche, « lors d'un achat, d'une visite en magasin ou via un formulaire », à charge pour le professionnel de justifier la traçabilité. Une annonce publiée sur un site de particuliers n'est pas un consentement à être appelé par une agence : l'internaute vend son bien, il ne demande pas qu'on le prospecte.
Un point reste à confirmer avec un juriste : la fiche parle de « consommateur », et un particulier qui vend son logement entre en principe dans cette catégorie. Si vous exercez par l'intermédiaire d'un réseau, interrogez aussi la direction juridique de celui-ci, qui a sans doute déjà une position.
Que dit la CNIL de la pige immobilière en elle-même ?
La CNIL s'est exprimée sur le sujet avant la réforme. En 2020, après des contrôles, elle a rappelé que les sociétés spécialisées dans la « pige immobilière », qui consultent les annonces en ligne et en aspirent les coordonnées, traitent des données personnelles : « bien que publiquement accessibles », elles « ne sont pas librement réutilisables » (CNIL, 30 avril 2020, consulté le 5 octobre 2026).
Elle y relève trois manquements : l'absence d'information des personnes démarchées sur la source de leurs données, le défaut de consentement avant un message électronique ou un automate d'appel, et le non-respect du droit d'opposition. Elle ajoute que certains sites interdisent l'aspiration de leurs annonces dans leurs conditions d'utilisation, auquel cas la pratique n'est pas autorisée.
Cette page précède la réforme du téléphone, mais changer d'outil de collecte ne règle pas la question de la source des données.
Quels canaux restent ouverts pour trouver des vendeurs ?
Ceux qui reposent sur une démarche de la personne, ou sur un tiers qui la connaît. Aucun ne remplace le volume de la pige, il faut le dire clairement : la recommandation et les prescripteurs apportent moins de contacts, mais mieux qualifiés.
- La recommandation. Vos anciens clients, vos voisins de secteur, les commerçants du quartier. Demandez-la à chaque fin de vente, par écrit, pendant que le souvenir est bon.
- Les prescripteurs. Notaires, conseillers en gestion de patrimoine, courtiers en crédit, experts en diagnostic. Ils voient passer successions, séparations et projets avant qu'une annonce existe.
- Le contenu local. Une publication par semaine sur le marché de votre commune, un avis de valeur type, une page « estimer mon bien » avec un formulaire. Le formulaire est précisément l'endroit où recueillir un consentement valable, case décochée par défaut, finalité claire, durée indiquée.
- Les annonces et la visibilité locale. Vos propres biens vendus, vos panneaux, vos avis clients : ils font venir les vendeurs à vous.
- LinkedIn, pour une partie seulement des vendeurs, comme on le voit plus bas.
Que permet LinkedIn, et que ne permet-il pas ?
LinkedIn permet de contacter des professionnels, pas de retrouver l'ensemble des vendeurs d'un secteur. Le réseau est peuplé de cadres, de dirigeants, de professions libérales et de prescripteurs. Un retraité qui vend la maison familiale n'y est pas, ou n'y est plus actif.
Il y a deux cibles utiles. La première regroupe les prescripteurs, avec lesquels une relation durable est possible. La seconde regroupe les cadres en mobilité : une prise de poste à 300 kilomètres s'accompagne souvent d'une vente. Notre guide de prospection immobilière sur LinkedIn détaille ces cibles et les recherches à utiliser.
Sur le plan juridique, la CNIL distingue la prospection par voie électronique selon le destinataire. Pour un particulier, elle exige un consentement préalable ; pour un professionnel, la prospection peut reposer sur l'intérêt légitime « lorsque l'objet de la sollicitation est en rapport avec la profession de la personne démarchée », avec information et possibilité de s'opposer (CNIL, 10 juin 2026, consulté le 5 octobre 2026). Un message à un notaire sur la recommandation mutuelle de dossiers relève de la seconde catégorie. Un message à un particulier propriétaire qui n'a rien demandé est plus incertain : les pages de la CNIL que nous avons lues ne disent pas si un message privé sur un réseau social entre dans la définition du courrier électronique. Dans le doute, tenez-vous aux professionnels, et faites valider votre pratique par un juriste avant d'écrire à des particuliers.
Dernier rappel : les conditions d'utilisation de LinkedIn interdisent l'usage d'outils d'automatisation tiers, y compris les extensions de navigateur (Aide LinkedIn, consulté le 5 octobre 2026). Notre page Limites LinkedIn 2026 explique comment limiter le risque sur votre compte.
Comment écrire aux prescripteurs sans les agacer ?
En leur proposant un échange de service précis, plutôt qu'une présentation de votre agence. Trois formulations qui fonctionnent dans la durée :
Bonjour [Prénom], j'accompagne des propriétaires à [Commune] lors de ventes, et je croise souvent des dossiers de succession ou de séparation. Si cela vous arrive côté étude, je serais heureux de vous présenter ma méthode de valorisation en dix minutes, sans engagement.
Bonjour [Prénom], je cherche à connaître deux ou trois courtiers de [Commune] avec qui échanger des dossiers dans les deux sens. Pourriez-vous me dire si vous êtes ouvert à un café d'ici la fin du mois ?
Bonjour [Prénom], j'ai vu votre publication sur [Sujet]. Je prépare une note sur le marché de [Commune] au quatrième trimestre, et je vous l'envoie volontiers si elle peut servir à vos clients.
Le prénom est la seule variable fiable ; les crochets restent à remplir à la main. Nos 15 modèles de messages pour agents immobiliers en proposent d'autres, par cible.
Quelle limite garder en tête ?
Aucun canal ne dispense de dire qui vous êtes, d'où viennent les coordonnées et comment refuser. Notre article sur la prospection LinkedIn et le RGPD reprend ces points.
Pour aller plus loin
- Prospection immobilière sur LinkedIn : trouver des mandats
- Messages LinkedIn pour agents immobiliers : 15 modèles
- Relance LinkedIn : quand relancer et 12 messages à copier
- Sales Farmer pour les agents immobiliers
FAQ
La pige immobilière est-elle interdite depuis le 11 août 2026 ?
Pas dans son ensemble : c'est l'appel de prospection à un consommateur sans consentement préalable qui est interdit. Repérer des annonces reste possible, mais les coordonnées recueillies sont des données personnelles qu'on ne peut pas réutiliser librement, selon la CNIL.
Un particulier qui a publié une annonce a-t-il consenti à être appelé ?
Non. La DGCCRF demande un acte positif clair, avec identité de l'appelant et objet de l'appel. Publier une annonce pour vendre son bien n'en est pas un.
Combien de temps conserver la preuve du consentement ?
Au moins trois ans, avec la date, l'heure et les informations présentées à la personne, d'après la fiche de la DGCCRF. Le consentement lui-même est valable un an au maximum.
Quelle amende risque-t-on ?
La DGCCRF indique jusqu'à 75 000 € par appel pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. Ce sont des plafonds, pas des montants automatiques.
Peut-on écrire à des particuliers sur LinkedIn ?
La question n'est pas tranchée par les sources officielles que nous avons consultées. La CNIL exige le consentement pour la prospection électronique vers des particuliers, sans préciser le cas d'un message privé sur un réseau social. Faites valider votre pratique par un juriste.
Prospecter les prescripteurs sans y passer vos soirées
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